A cette époque, la France et l’Angleterre se combattent au cours de la “guerre de Sept Ans”. Une sorte de conflit mondial avant l’heure.La frégate Utile a été envoyée à Madagascar pour ravitailler les colonies. Dans la zone de l’île de France (aujourd’hui île Maurice), le gouverneur de cette dernière a provisoirement interdit la traite des Noirs. Mais ce trafic rapportant des sommes considérables, des marins se mettent à leur compte. Le capitaine du navire, Jean de Lafargue, a embarqué clandestinement 160 esclaves malgaches. Il a choisi de les vendre discrètement sur une autre île. Ce qui l’oblige à modifier sa route.Dépourvu de cartes fiables et contre l’avis de son pilote, Jean de Lafargue Les fouilles ont aussi permis d’apprendre comment les naufragés se débrouillaient pour leur alimentation. Ils se nourrissaient ainsi d’animaux locaux, tortues, poissons, oiseaux, dont les archéologues ont retrouvé les restes. Les extrémités d’ailes des volatiles étaient apparemment préservées, ce qui laisse penser que les plumes ont pu servir pour des pagnes.Les aliments étaient cuits. Des feux pouvaient être allumés grâce aux briquets et silex prélevés sur l’Utile. Feux probablement alimentés par les éléments de l’épave, comme semblent le prouver la présence de nombreux fragments de charbon de bois.Les naufragés se logeaient dans des bâtiments construits avec les minéraux retrouvés sur place : corail et grès. “L’étude de ces bâtiments montre qu’ils ont bravé un interdit religieux malgache réservant la pierre aux tombeaux, preuve qu’ils ont su s’adapter à leur environnement”, explique Max Guérout, co-commissaire de l’exposition et ancien officier de marine, qui a contribué à la fondation du Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN). Leurs murs, larges d’un mètre et d’une grande résistance au climat cyclonique, rappellent ceux… des édifices mortuaires de la même époque à Madagascar.

Vue d’ensemble du site archéologique (Jean-François Rebeyrotte)

Cyclones et solidaritéLa douzaine de bâtiments était regroupée autour d’une cour centrale. “Cet habitat donne ainsi une image de la solidarité qui soudait le groupe. Il diffère de celui de Madagascar, en général individuel et dispersé. De plus, il est orienté par rapport aux vents dominants de Tromelin alors que dans leur région d’origine, les habitations sont construites en fonction des points cardinaux. Ce qui prouve, une nouvelle fois, que les esclaves ont su s’adapter à leur environnement pour survivre”, poursuit Max Guérout.Mais ceux-ci ont su aller au-delà de la simple survie. “Ils ont su s’organiser et recréer une société”, commente Thomas Romon.

Objets ornementaux, dont un bracelet, présentés dans l’exposition “Tromelin, l’île des esclaves oubliés” au musée de l’Homme à Paris. (GEORGES GOBET / AFP)

Une société dont les membres se souciaient d’éléments esthétiques. C’est ce que montre, par exemple, les bijoux découverts sur deux squelettes : une petite chaîne et un type de bracelet, originaire du sud-est de Madagascar et appelé vangovango en malgache. Bracelet que l’on trouve encore aujourd’hui sur la Grande Ile. 

Illustration figurant dans l’exposition “Tromelin, l’île des esclaves oubliés”. Elle est extraite de la bande dessinée éponyme, réalisée par Sylvain Savoia “d’après les recherches menées par Max Guérout (GRAN), Thomas Romon (Inrap) et leur équipe”. (© Sylvain Savoia, Collection Aire Libre, Dupuis – Crédit photo © JF Rebeyrotte)

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