“Kings”, le nouveau film de Deniz Gamze Ergüven (“Mustang”), sort aujourd’hui en salles. L’occasion de revenir sur la genèse de ce projet de longue date.

Deniz Gamze Ergüven avait créé la surprise en 2015 avec son premier long métrage, Mustang, qui avait récolté, entre autres, le Golden Globe du Meilleur Film en langue étrangère et une nomination à l’Oscar dans cette même catégorie. Kings, son nouveau film qui traite du délicat sujet des émeutes raciales de 1992 à Los Angeles, sort en salles aujourd’hui en France et possède un casting majoritairement américain emmené par Halle Berry. Si le film a été conçu peu de temps après Mustang, il s’agit cependant d’un projet que la réalisatrice a en tête depuis plus de dix ans et qu’elle avait été contrainte de mettre entre parenthèses pour se consacrer à d’autres choses.

Deniz Gamze Ergüven a en effet commencé à réfléchir à Kings en 2005 et plus précisément lors des émeutes qui se sont déroulées en France cette année-là. A ce moment, elle a été interpellée par ce qui était en train de se passer et avait le sentiment de comprendre ce qui se matérialisait à travers ces mouvements. La cinéaste se rappelle :

“Je ressentais un malaise très fort à l’époque en France. Je suis arrivée à Paris à l’âge de six mois, j’y ai vécu presque toute ma vie. Or je n’étais toujours pas française, on venait de me refuser pour la deuxième fois la nationalité. Et je ne savais pas si j’allais pouvoir rester en France. Je devais aller fréquemment à la Préfecture, j’avais peur à chaque fois que je passais le contrôle des passeports à la frontière. Je ressentais ainsi un sentiment étrange de fragilité dans ma relation au pays que je considérais comme le mien. Dans ces émeutes, je pouvais reconnaître quelque chose que je ne connaissais que trop bien. Ce sentiment d’être rejeté par un pays qu’on aime profondément, même si ce qui passait alors, courses poursuites, affrontements avec la police, ce n’est pas comme cela que je manifesterais mes émotions.”

Click Here: Newcastle United Shop

Un an plus tard, Deniz Gamze Ergüven a rencontré une femme qui lui a parlé des émeutes de Los Angeles. C’est de cette manière que l’idée de Kings a germé dans son esprit : “J’avais toujours en tête ces images surgies de mon adolescence, Rodney King, Reginald Denny. Bien que les émeutes de 1992 à LA se soient passées à une échelle radicalement différente, elles sont le même symptôme d’une détresse émotionnelle arrivée à un niveau extrême”. La cinéaste a d’abord entamé des recherches à Paris, en épluchant tous les livres et les archives auxquels elle pouvait avoir accès. Elle a alors très vite eu l’intuition du film qu’elle voulait faire et s’est ensuite rendue à Los Angeles pendant un mois, fin août 2006, pour y parcourir South Central et les quartiers qui avaient été le ground zero des émeutes de 1992 :

“J’ai continué aussi à parcourir toutes les archives auxquelles je pouvais avoir accès, de radio, de presse, de télévision… J’avais dans un premier temps besoin de m’approprier ces événements comme des faits d’Histoire, puis de tout oublier pour faire un film. Chaque pas, chaque échange durant ce premier voyage ont confirmés l’intuition initiale. Et cela a été trois ans où j’allais à Los Angeles le plus souvent possible. J’ai passé beaucoup de temps au sein des différentes communautés impliquées d’une manière ou d’une autre dans ces émeutes. Je partageais le quotidien d’officiers de police, de membres de gangs, d’habitants de South Central. J’avais besoin de comprendre le regard de chacun, les différentes manières de penser. Il s’agissait de comprendre des dynamiques qui m’étaient étrangères.

Cela étant, la réalisatrice a dû mettre le film en suspend pour diverses raisons, à commencer par le côté ambitieux de ce projet qui se situe à rebrousse-poil des routes classiques de production. De plus, au moment où elle a commencé à réfléchir à Kings, au milieu des années 2000, Deniz Gamze Ergüven était une apprentie-cinéaste qui sortait de l’école et n’avait aucun réseau outre-Atlantique, ce qui rendait les choses encore plus compliquées. “Et en France, presque tous les guichets sont faits pour résister à Hollywood. On ne finance pas de film en langue anglaise, on ne finance pas de film tourné aux Etats-Unis. J’étais donc à contre-courant de tout. Et puis Kings n’est pas un tout petit film pour un premier long métrage”, précise-t-elle. C’est finalement grâce au succès de Mustang qu’elle a pu reprendre en mains Kings.

Kings : de l’affaire Rodney King aux émeutes de Los Angeles

Leave a comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *