A l’Étoile du Berger, une maison d’enfants placés, le Covid-19 a chamboulé le quotidien. Si, faute d’école, les après-midi ont des allures de récré, le confinement exacerbe les angoisses de ces gamins vulnérables qui ont tous vécu des traumatismes.

C’est nul le virus, ça m’empêche de voir ma famille, c’est pas bien. Maman m’a envoyé des dessins; je lui en ai fait aussi“, confie d’une petite voix Dorian, 8 ans, l’un des rares enfants à pouvoir se rendre chez lui le week-end.Avec le confinement, les droits de visite ont été suspendus dès le 16 mars.Abritée dans une grande mais vieillissante bâtisse bourgeoise à La Mulatière, près de Lyon, cette maison d’enfants gérée par l’association Capso, et financée par la métropole lyonnaise, accueille habituellement 30 pensionnaires de 3 à 15 ans. Plusieurs enfants et professionnels y ont été touchés par le coronavirus.Dans la cour, au soleil, Milan, Gaëtan, Ismaïl ou Mathéo font du vélo, de la balançoire ou marquent des buts en quêtant les applaudissements. Jade, elle, joue dans sa chambre, entourée de peluches.A l’étage, Myriam, 12 ans, fait sagement ses devoirs à l’ordinateur. “On manque d’explications; c’est plus compliqué qu’en classe“, regrette-t-elle.Les enfants ont une petite chambre individuelle ou la partagent à deux ou trois.Dès le début de la crise, “nous avons instauré des protocoles de soins. Mais il a fallu se battre pour les masques, le gel hydroalcoolique… Des heures passées au téléphone !“, détaille à l’AFP Nicolas Hermouet, le directeur général de l’association.”On est les oubliés de la crise sanitaire… Malgré tout, on a réussi à enrayer la propagation du virus“.Plus aucun des 850 enfants accueillis dans les 27 établissements et services gérés par Capso dans la région n’est malade aujourd’hui.Les équipes, amputées des collègues malades, “ont été exemplaires, avec au moins 30% de charge de travail supplémentaire”, relève le directeur de la maison Bruno Bizot.”Quand l’école a été arrêtée, explique l’une des éducatrices, Aurianne Chanellière, on a fait appel à nos familles relais“, des bénévoles qui accueillent régulièrement un enfant pour compenser les parents défaillants.Du coup, “il reste 11 enfants sur place. On a dû s’improviser profs, courir après des ordinateurs“, obtenus finalement grâce à des dons. “L’énorme avantage, c’est qu’on est tout le temps avec eux, ils apprécient et nous aussi“.Cela n’empêche pas toujours “les crises et les angoisses, surtout au coucher. Leur famille leur manque. Un enfant aime toujours ses parents”, assure la jeune femme.“Réparer les traumatismes”Une “tournée des parents” a d’ailleurs été organisée pour recueillir un objet au domicile familial. “C’était Noël quand ils les ont reçus !”, raconte la psychologue du centre Clémentine Barbelet.Pour elle, “il n’y a pas de mauvais parents, mais des personnes empêchées d’être en capacité d’être parents“. Ceux des petits pensionnaires de l’Étoile du Berger ont des maladies psychiques, des addictions, sont SDF…Placés directement par le juge des enfants ou via l’Aide sociale à l’enfance (ASE), les jeunes, eux, présentent des troubles alimentaires, de l’apprentissage, du comportement…Plusieurs parents “ont connu eux-mêmes l’ASE. Cela montre les dysfonctionnements de la protection de l’enfance“, déplore Aurianne. “Si ça ne s’améliore pas, ça se reproduira indéfiniment !“.”Le taux d’encadrement est beaucoup trop faible. On manque cruellement de moyens“, ajoute-t-elle.Avant le confinement, les enfants pouvaient passer une journée en famille, plus rarement un week-end, rencontrer un parent lors d’une visite en présence d’une assistante sociale ou d’un éducateur, séjourner dans une famille relais.”Notre rôle n’est pas seulement de protéger les enfants, mais de réparer leurs traumatismes“, relève le président de Capso, le Dr Thierry Vanel, qui promeut pour cela l’approche des neurosciences.Après le 11 mai, “j’espère qu’on ne remettra pas le couvercle sur tous les problèmes de la protection de l’enfance“, insiste M. Hermouet. “Et qu’on ne se déconfinera pas trop vite. Ca va être chaud !”.Plus de 350.000 jeunes font l’objet d’une mesure de protection de l’enfance, dont la moitié environ sont placés. Plus de 50.000 sont chaque année victimes de violences physiques, sexuelles et psychologiques. Un danger accru dans le huis clos du confinement…

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